Face à une énurésie nocturne primaire, que mettre en place ?
8 recommandations à suivre pendant au moins 12 semaines
L’énurésie nocturne primaire est fréquente, involontaire et transitoire dans la majorité des cas.
La prise en charge repose avant tout sur une approche comportementale, progressive et bienveillante, sans culpabiliser.
1 –Expliquer et comprendre : pourquoi mon enfant mouille-t-il son lit ?
Il est important de dire clairement à votre enfant que :
- C’est fréquent
- C’est involontaire
- Ce n’est ni un problème psychologique, ni un manque de volonté
- Son corps fonctionne normalement mais le contrôle de sa vessie pendant la nuit n’est pas encore totalement mature.
- En grandissant, tous les enfants finissent par devenir propres la nuit
Par exemple, vous pouvez dire à votre enfant : « La nuit, ta vessie envoie un message à ton cerveau mais le cerveau ne se réveille pas assez vite ou la vessie ne peut pas encore garder toute l’urine jusqu’au matin. Ce n’est pas ta faute et ça va s’améliorer en grandissant ».
Cette étape permet de réduire la culpabilité, modifier les croyances erronées et d’augmenter la motivation.
2- Analyser la situation (méthode ABC) : repérer les facteurs aggravants qui entraînent un cercle d’aggravation
L’énurésie peut s’inscrire dans un cercle d’aggravation :
| A : mon enfant fait pipi au lit → B : il a honte de lui, je le punis, il évite de dormir à l’extérieur, il a une mauvaise image de soi → C : il est fatigué, stressé, il dort mal → A : mon enfant fait encore plus pipi au lit. |
La pression émotionnelle aggrave l’énurésie, elle ne la corrige pas. Afin de sortir du cercle vicieux et de diminuer au maximum le stress, il est nécessaire de préserver l’estime de soi et la valorisation et d’éviter les reproches, moqueries ou punitions.
3- Corriger les croyances erronées de votre enfant pour protéger l’estime de soi
L’estime de soi est un enjeu central de la prise en charge de l’énurésie et permet d’éviter l’anxiété ou l’évitement social. Il est donc fondamental d’aider l’enfant à changer son regard sur lui-même en rappelant que c’est involontaire et transitoire.
Vous pouvez lui dire : « Tu dors profondément, ça ne veut pas dire que tu es un bébé, ce n’est pas volontaire, ce n’est pas psychologique, tu n’es pas nul ».
4- Traiter systématiquement la constipation (étape fondamentale)
Une constipation, même peu visible, peut perturber le fonctionnement de la vessie. Les signes évocateurs de constipation sont un transit irrégulier ou lent (au maximum, une selle tous les 3 jours peut être considéré comme un transit normal, au-delà on peut évoquer la constipation) ou des selles volumineuses ou une douleur à la défécation.
Pour favoriser un transit régulier, il est nécessaire de :
- Augmenter les fibres alimentaires (fruits, légumineuses, noix et graines, légumes, pains complets, etc)
- Avoir une hydratation suffisante la journée
- Si nécessaire, un traitement laxatif prescrit par un médecin qui connaît bien ce problème chez les enfants
5- Structurer le quotidien pour mettre en place des routines favorables
Les routines stables au quotidien par rapport à l’élimination urinaire sont importantes :
- Programmer de faire pipi toutes les 2–3h en journée (mettre une alarme, y aller à toutes les récréations et avant la reprise)
- Installer un marche-pieds dans les toilettes pour avoir une bonne position sur le siège des WC
- Encourager l’enfant à ne pas se retenir
- Double vérification de la miction avant de se coucher : vérifier que la vessie soit vide 10 min avant d’aller se coucher et juste avant d’éteindre la lumière
- Boire abondamment en journée, en particulier le matin (⅔ des boissons avant midi ++)
- Eviter les boissons sucrées
- Réduire les boissons 2 à 4h avant de dormir
⚠️ Les réveils nocturnes imposés par les parents ne sont pas recommandés.
6- Favoriser la prise de conscience des sensations corporelles durant la journée
L’objectif est de favoriser l’apprentissage progressif du lien entre vessie pleine et éveil. Ainsi, vous pouvez apprendre à votre enfant à bien reconnaître les sensations qu’il ressent lorsque sa vessie est pleine en journée. Il est important qu’il puisse vous décrire avec quelques précisions (en accord avec son âge ce qu’il ressent). Effectuer cet exercice régulièrement, plusieurs jours de suite, comme soutien motivationnel. Cela doit rester simple, ludique et non contraignant.
| Voici un exemple d’exercices d’imagerie guidée : “Imagine que tu sens ta vessie qui te réveille” : « Ferme les yeux et imagine que, pendant que tu dors, ta vessie t’envoie un petit signal. Ce signal, tu peux le ressentir comme une lumière douce qui s’allume dans ton ventre ou comme une petite sonnette intérieure qui te réveille juste assez pour ouvrir les yeux. Visualise-toi alors en train de te lever calmement, d’aller aux toilettes et de revenir te recoucher tranquillement. Plus tu t’imagines cette scène, plus ton corps apprend à reconnaître ce signal et à se réveiller au bon moment. Refais cette image dans ta tête quelques instants, comme un petit film que tu connais par cœur. » |
7 – Renforcement positif : 3 stratégies à combiner
⚠️ On renforce les comportements que l’enfant peut contrôler, jamais ce qu’il ne contrôle pas.
Valoriser les routines du soir : vous pouvez encourager votre enfant à respecter les horaires réguliers de coucher, assurer une double miction avant le coucher, et diminuer les boissons le soir.
Alarme d’énurésie (« pipi-stop ») : c’est le traitement non médicamenteux de référence. C’est un dispositif qui détecte l’humidité dans les sous-vêtements. L’objectif est d’apprendre à votre enfant à se réveiller en réponse au signal de la vessie, d’éteindre lui-même l’alarme, d’aller aux toilettes, puis de remettre le capteur. Elle nécessite initialement une motivation et un accompagnement des parents pour sa mise en place.
Un calendrier de participation à remplir chaque jour : une étoile de participation en cas d’efforts avec les gestes utiles (boire au bon moment, aller aux toilettes, etc.) et on ne remplit pas si la nuit a été réussie ou ratée.
💡L’objectif ici est de renforcer les comportements maîtrisables (efforts pour diminuer le risque de pipi au lit) et d’éviter la punition pour un comportement involontaire (nuit avec pipi au lit). Montrer qu’il est possible d’apprendre positivement. On peut prévoir une petite récompense après plusieurs jours d’efforts continus (activité, temps de jeu… jamais nourriture). Ces stratégies bien conduites permettent une amélioration dans plus de 3/4 des cas.
8- Prendre en compte les difficultés associées à l’énurésie nocturne
Il est important de dépister, d’accompagner les troubles du neurodéveloppement ou encore de repérer et traiter les troubles anxieux secondaires à l’énurésie.
Faut-il garder les couches ?
Les couches ne retardent pas l’apprentissage dans l’énurésie primaire tant qu’on n’a pas débuté un traitement actif.
En fait il y a trois périodes un peu différente pour les couches :
C’est tout à fait acceptable lorsque : l’enfant est jeune, l’énurésie n’est pas encore traitée, les nuits mouillées sont très fréquentes, l’enfant souffre beaucoup de l’humidité nocturne, la famille n’est pas encore prête pour un protocole comportemental plus structuré.
Si l’enfant utilise une thérapie d’alarme (avec l’alarme d’énurésie), alors il faut éviter les couches la nuit durant cette phase de 12 semaines, car l’alarme doit détecter les premières gouttes d’urine (le port de la couche empêcherait l’alarme de sonner).
Si l’enfant progresse, on peut retirer graduellement les couches :
- Retirer la couche progressivement seulement 2–3 nuits par semaine après avoir atteint plusieurs nuits sèches par semaine
- Lorsque votre enfant exprime le désir d’enlever la couche
- S’il commence à se réveiller la nuit (ou très tôt le matin) avec la couche sèche.
Comment gérer le problème des draps humides ?
Il est important de bien programmer les nuits pour éviter de longues discussions et des conflits dans la nuit, ce qui peut renforcer le sentiment de honte.
Vous pouvez préparer le lit en “multi couche”. C’est la technique la plus efficace avec un protège-matelas imperméable, puis une alèse, puis un drap-housse, puis une alèse absorbante (à acheter en pharmacie), puis un deuxième drap housse. Si la nuit est mouillée, il suffit de retirer les deux couches supérieures.
Vous pouvez préparer près du lit un « kit de nuit » pour enlever les draps (panier à linge) et un pyjama de rechange. L’objectif est d’éviter l’agitation, de rester calme, de ne pas réveiller toute la maison et de minimiser les discussions au milieu de la nuit.
Ne jamais demander à votre enfant de « tout changer seul ». Cela serait vécu comme une punition.
Le matin, rester neutre. On peut dire “Merci d’avoir rempli ton calendrier.” “Tu as fait les gestes utiles hier, c’est ça qui compte.” « Ton corps apprend petit à petit.”
Que faire en cas de rechute ?
Il est indispensable de revenir aux routines. Il faut revenir sur les 3 outils de renforcement positif (routine, alarme et calendrier) pendant 2–4 semaines et bien anticiper les séjours à l’extérieur.
Que faire en cas d’échec ? Les traitements médicamenteux ?
En cas d’échec, vous pouvez consulter votre pédiatre, médecin traitant ou un urologue pédiatrique pour mieux connaître la conduite à tenir (réaliser une débitmétrie et/ou mise en place d’une rééducation par neurostimulation voire parfois un traitement médicamenteux).
Consultez notre autre fiche sur l’énurésie nocturne ici.
Consultez nos autres fiches et vidéos ici.
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Références
Contenu rédigé par l'équipe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Robert Debré (AP-HP).