Le mutisme sélectif: Quelle évaluation et quels accompagnements sont possibles pour mon enfant ?
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Dans la fiche précédente, vous avez peut-être reconnu certains signes du mutisme sélectif chez votre enfant… La prochaine étape, c’est de comprendre comment le mutisme sélectif est évalué et surtout quelles aides peuvent l’accompagner au quotidien.
Comment se déroule l’évaluation du mutisme sélectif ?
Lorsqu’un enfant présente un mutisme sélectif, il bénéficie d’une évaluation complète, le plus souvent menée par un pédopsychiatre ou un pédiatre spécialisé dans le développement. L’objectif est à la fois de confirmer le diagnostic et d’écarter d’autres causes possibles.
L’évaluation du mutisme sélectif comprend plusieurs étapes :
- Un entretien médical pour retracer le développement de l’enfant, ses expériences sociales, ses éventuels symptômes associés (anxiété, troubles du comportement) ainsi que les antécédents familiaux.
- L’observation des situations de parole : identifier quand et avec qui l’enfant parle (à la maison, à l’école, avec ses parents, ses pairs…) et dans quels contextes il reste silencieux. Des questionnaires peuvent être proposés aux parents, aux enseignants et parfois à l’enfant lui-même.
- La vérification du langage : il est essentiel de s’assurer que l’enfant parle normalement dans un contexte familier, afin de distinguer le mutisme sélectif d’un trouble du langage. Pour cela, un examen ORL (pour vérifier l’audition) et un bilan orthophonique (expression et compréhension du langage) sont généralement prescrits.
Quelle est l’évolution naturelle du mutisme sélectif ?
Le mutisme sélectif n’est pas simplement une “phase de timidité” qui disparaît toute seule. Sans accompagnement, il peut durer plusieurs années et laisser place, plus tard, à d’autres difficultés comme une anxiété sociale marquée, une faible estime de soi ou un isolement.
La bonne nouvelle, c’est qu’avec une prise en charge précoce et adaptée, beaucoup d’enfants progressent : ils retrouvent peu à peu la confiance nécessaire pour parler dans différents contextes, améliorer leur vie sociale et mieux réussir à l’école.
En résumé : plus le mutisme sélectif est repéré tôt, plus l’évolution est favorable.
Comment prendre en charge le mutisme sélectif ?
Dès que le mutisme sélectif est identifié, il est important de mettre en place une prise en charge, car ce trouble génère rapidement une grande souffrance chez l’enfant.
1- Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), en première intention
Les TCC sont aujourd’hui le traitement de référence du mutisme sélectif et leur efficacité est bien documentée dans la recherche scientifique. Elles sont conduites par des spécialistes (psychiatres ou psychologues de l’enfant et de l’adolescent) formés à ces approches, en lien avec la famille et l’environnement de l’enfant (école, activités, loisirs).
Les TCC visent à aider l’enfant à reprendre confiance pour parler dans les situations où il restait muet.
Pour cela, plusieurs outils sont utilisés :
- Apprentissage de la relaxation pour diminuer l’anxiété
- Exposition progressive aux situations de parole, en commençant par les moins anxiogènes
- Construction avec l’enfant d’une liste graduée de situations (parler à un parent en présence d’un témoin, répondre en classe, commander quelque chose à la boulangerie…)
- Désensibilisation progressive, avec des exercices de parole de plus en plus complexes
- Renforcement positif après chaque réussite (félicitations, encouragements, petites récompenses)
Ces programmes sont généralement proposés de façon hebdomadaire, en séances individuelles, avec des mises en situation réelles dans le quotidien. Les parents y jouent un rôle central : ils apprennent les mêmes techniques pour accompagner leur enfant dans les moments clés (par exemple, parler à l’école ou dans un commerce).
Dans certains pays, notamment anglo-saxons, il existe aussi des programmes intensifs en groupe, comme Brave Buddies du Child Mind Institute (États-Unis), qui proposent des stages d’une semaine ou d’une journée en conditions immersives (classe, camp de vacances). Ces dispositifs ont également montré leur efficacité.
2- Les traitements médicamenteux, en seconde intention
Dans les formes les plus sévères ou persistantes, lorsque les TCC seules ne suffisent pas, un traitement médicamenteux peut être proposé. L’association d’un antidépresseur sérotoninergique avec les TCC a montré son efficacité dans plusieurs études.
Ce traitement, prescrit par un médecin spécialisé et mené sur plusieurs mois, vise à réduire l’inhibition anxieuse et à faciliter la progression de l’enfant dans le cadre de la thérapie. Sa mise en place se fait toujours en concertation étroite entre le médecin prescripteur, le thérapeute et la famille.
3- La prise en charge des troubles associés si nécessaire
Lorsque des troubles associés sont présents (autres troubles anxieux, troubles du langage, difficultés psychomotrices, énurésie…), il peut être nécessaire de compléter la prise en charge par un suivi adapté, avec un orthophoniste ou un psychomotricien par exemple.
4- La prise en charge du mutisme en classe
L’école est souvent le lieu où le mutisme sélectif est le plus visible, et aussi celui où il a le plus de conséquences sur les apprentissages et la vie sociale. La collaboration entre les parents, l’enseignant et le psychologue/psychiatre est donc essentielle.
En classe, plusieurs mesures peuvent être mises en place :
- Créer un climat rassurant : éviter de mettre l’enfant “sur la sellette” devant toute la classe, ne pas le forcer à parler ou le réprimander pour son silence.
- Favoriser des prises de parole progressives : commencer par des réponses non verbales (montrer, écrire, pointer du doigt), puis de petits mots chuchotés, et progressivement élargir aux réponses orales dans des contextes sécurisants.
- Soutenir la communication alternative : autoriser l’enfant à utiliser des gestes, des pictogrammes, un cahier ou des cartes pour communiquer, le temps que la parole revienne plus facilement.
- Impliquer l’enseignant comme partenaire : le professeur peut être guidé par le thérapeute TCC pour mettre en place des exercices gradués en classe (ex. répondre à une question en petit groupe, puis devant la classe entière).
- Encourager sans pression : féliciter discrètement les progrès, même minimes (un mot soufflé, un sourire, un signe), sans exagérer ni attirer trop l’attention.
- Aménager les évaluations : prévoir des adaptations pour que l’enfant puisse montrer ses compétences sans être bloqué par l’oral (par écrit, en tête-à-tête avec l’enseignant, ou en présence d’un parent dans les premiers temps).
- Travailler sur le lien social : favoriser les interactions avec quelques camarades bienveillants, dans des contextes de jeux ou d’activités de groupe, pour réduire l’isolement.
| Quelques stratégies pour encourager la parole de votre enfant à la maison Laissez du temps ⌛: Nous avons souvent tendance à répéter trop vite une question si l’enfant ne répond pas immédiatement. Or, attendre calmement 5 secondes peut suffire pour lui laisser l’espace nécessaire et l’aider à tolérer son anxiété avant de parler. Adaptez vos questions ❓: Évitez les questions fermées (réponses par « oui » ou « non », ou par un simple signe de tête). Préférez des questions qui incitent à parler, par exemple en proposant des choix : « Tu veux un autocollant chien ou un autocollant étoile ? », ou des questions plus ouvertes : « À quoi veux-tu jouer maintenant ? ». Pratiquez l’écho 🗣️: Répétez ou reformulez ce que dit votre enfant. Cela lui montre que vous l’avez entendu et valorise sa parole. Si l’enfant parle très doucement, répéter à voix normale peut aussi l’aider à s’intégrer dans un échange plus large (en classe ou en groupe). Commentez ce que vous observez 👀 : Décrivez simplement ce que fait l’enfant : « Tu dessines une fleur », « Je vois que tu montres une image ». Cela crée un échange naturel, montre votre intérêt et peut l’encourager à réagir. Évitez de répondre à sa place ❌: Souvent, l’entourage (parents, enseignants, frères et sœurs) « sauve » l’enfant en parlant à sa place. Même si cela soulage sur le moment, cela entretient le cycle d’évitement : l’enfant apprend que s’il se tait, quelqu’un prendra le relais. Or, cette stratégie renforce son anxiété sur le long terme. Essayez donc de résister à cette tentation, même si cela peut être difficile au quotidien (à l’école, au supermarché, en famille). |
Consultez notre autre fiche sur le mutisme sélectif ici.
Consultez nos autres fiches et vidéos ici.
Ressources
Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).


