L’accommodation parentale face aux difficultés de santé mentale de leur enfant
Quand des problèmes de santé mentale affectent un enfant, c’est un grand chamboulement pour toute la famille, en particulier les parents. Chaque parent s’adapte aux nouvelles difficultés de son enfant et fait tout pour essayer de diminuer le sentiment de détresse et de souffrance de son enfant. C’est ce que l’on appelle l’accommodation parentale.
Les 4 principales attitudes des parents utilisées pour s’accommoder à la détresse de son enfant
1. Ils changent les routines quotidiennes de la famille :
Les parents vont transformer leur quotidien pour s’accommoder.
Par exemple : les parents vont arriver en retard au travail, car leur enfant prend une douche trop longue. Les parents ne vont pas sortir avec leurs amis, de peur que leur enfant aille mal en leur absence. Les parents acceptent des violences à la maison pour éviter que leur enfant ne soit encore plus en détresse.
2. Ils prennent en charge les responsabilités de leur enfant :
Les parents vont porter les responsabilités de leur enfant qui a des difficultés de santé mentale. C’est une attitude très fréquente chez les parents. Ils vont très vite se substituer à l’enfant.
Par exemple : Ils vont faire les devoirs à la place de leur enfant. Ils peuvent décider d’inviter des amis de leur enfant à la maison et finalement s’occuper des invités durant tout une après-midi, car leur enfant n’est pas en mesure de jouer avec eux.
3. Ils aident leur enfant à éviter les situations stressantes :
Les parents vont également faciliter voire renforcer les comportements d’évitement de leur enfant dans des situations identifiées par l’enfant ou les parents comme sources d’angoisse. Cela parait naturel que les parents cherchent à rassurer leur enfant en les protégeant de situation stressante. Cependant, cela peut conduire à renforcer l’anxiété, puisque l’enfant ne se confronte plus à aucune situation de stress.
Par exemple : Les parents vont accepter que l’enfant n’aille pas à l’école ou un goûter d’anniversaire… et cela va à terme renforcer l’anxiété de séparation ou l’anxiété sociale.
4. Ils évitent de s’opposer aux comportements problématiques de leur enfant :
Par bienveillance, ou par peur de déclencher de l’anxiété ou des crises d’angoisse, les parents n’interviennent pas face aux symptômes.
Par exemple : Dans le TOC, les parents laissent leur enfant réaliser ses compulsions voire y participent.
Les conséquences négatives de l’accommodation parentale sur les troubles de l’enfant
L’accommodation familiale face aux symptômes d’un enfant peut entraîner le cercle pernicieux suivant :

1- Majoration de la dépendance aux proches pour la régulation émotionnelle. Absence d’acquisition par l’enfant de nouvelles stratégies pour lutter contre ses difficultés
L’enfant est très dépendant de son environnement pour gérer ses difficultés en santé mentale. Cela entraîne une dépendance de plus en plus massive avec une incapacité à changer de stratégie pour lutter contre ses difficultés.
2- Maintien des symptômes et majoration de la mauvaise image de soi pour l’enfant
La famille apprend quelque chose sur l’enfant en s’accommodant : qu’il est fragile, incapable ou vulnérable, puisqu’il faut faire à sa place. L’enfant apprend la même chose sur lui-même, avec la confirmation extérieure et l’expérience qu’il ne peut pas, seul, affronter ses peurs.
3- Majoration progressive du phénomène d’accommodation parentale
Les études montrent que plus l’accommodation est importante, plus les symptômes risquent d’être sévères, ce qui amène encore plus d’accommodation. Les parents relatent souvent un fardeau émotionnel et physique de plus en plus lourd, une fatigue, et une baisse de la qualité de vie pour toute la famille, y compris la fratrie.
Comment faire autrement ? Comment ne pas s’accommoder des difficultés de son enfant tout en restant bienveillant ?
Il ne s’agit pas d’arrêter tous les comportements d’accommodation du jour au lendemain : cela pourrait aggraver la situation et risquerait d’entraîner des conflits. Cependant, il faut développer de nouvelles stratégies plus efficaces :
1- Passer progressivement de comportements d’évitement à des comportements d’approche (exposition progressive aux facteurs de stress)
Par exemple : Quentin a peur des chiens :
→ Un comportement d’évitement serait de dire : « C’est vrai que les chiens, c’est dangereux, changeons de trottoir. »
→ Un comportement d’approche serait : « On peut approcher les chiens, ils peuvent être très gentils. Allons voir celui-là, si son maître est d’accord. »
2- Valider les émotions négatives de son enfant tout en renforçant les petits pas vers les changements positifs
Par exemple : « Je comprends que cela te fasse peur, mais je suis sûr que tu es capable d’y arriver. Je te propose qu’on essaie ensemble. »
Il vaut mieux éviter les phrases comme : «Ce n’est pas si difficile» ; «Tu ne risques rien».
Et préférer : «Tu as peur, c’est normal» ; «Mais tu es capable de faire face».
3- Lutter ensemble contre les problématiques. Planifier ces changements positifs
- Faites une liste avec votre enfant des comportements qui posent problèmes.
- Classer les du plus gênants au moins gênants pour votre enfant.
- Planifier avec votre enfant de lutter contre les situations les moins gênantes (aux maximum 3 situations – cela peut être une seule)
- Discuter avec votre enfant des solutions pour se confronter aux problèmes progressivement.
- Écrire l’ensemble la liste des problèmes dans un cahier à conserver (cela permettra de voir les progrès au fil des semaines).
- Écrire également les 1-3 situations pour lesquelles votre enfant va s’exposer progressivement
- Ecrire les moyens qu’il va mettre en place pour y arriver
| ⚠️ ATTENTION : il faut écrire des choses simples, facile à réaliser – surtout au début pour prendre confiance en soi |
- Renforcer progressivement et positivement l’image que se fait votre enfant de lui-même.
- Pendant une semaine, laisser votre enfant s’exposer aux situations qu’il a choisies. Valoriser les efforts de votre enfant tout au long de la semaine.
4- Accepter les échecs mais recommencer à s’exposer (en adaptant au mieux les objectifs)
Face à certaines situations très stressantes, votre enfant peut s’énerver, s’agiter voir être en colère (cris, insultes, violences). Il ne s’agit ni de manipulation ni de malveillance, mais d’une tentative désespérée d’éviter une situation anxiogène, en poussant l’adulte à céder.
Encore une fois, valider l’émotion reste essentiel, tout en maintenant une position claire et stable.
Reprendre avec lui les objectifs à atteindre en les adaptant au mieux à la situation de votre enfant et l’intensité de ses symptômes. Parfois les objectifs définis sont tout simplement trop ambitieux et il faut prévoir des étapes plus progressives.
5- Prendre contact avec des professionnels
Il est important de se faire aider par des professionnels (psychologues, équipes spécialisées, etc..) pour avancer tous ensemble. Si sur le papier ces stratégies sont assez simples, il faut souvent une aide attentive et pragmatique pour s’exposer progressivement et renforcer l’estime de soi de l’enfant
Accompagner sans s’accommoder, c’est un apprentissage difficile mais essentiel pour permettre à chacun de retrouver sa place et sa liberté face aux difficultés de santé mentale de son enfant.
Certains parents peuvent aussi avoir du mal à gérer leur propre stress ou leur anxiété, ce qui rend plus difficile l’accompagnement de leur enfant. Vous trouverez des ressources à ce sujet ici.
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Références
Contenu rédigé par l'équipe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Robert Debré (AP-HP).