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Mon enfant est violent avec moi, que faire ?

Rédigé par l'équipe CléPsy
9 min de lecture
Mon enfant est violent avec moi, que faire ?

Il arrive que des enfants, même jeunes, manifestent leur colère ou leur détresse par des gestes violents envers leurs parents : cris, coups, insultes, destruction d’objets. Ces comportements peuvent être un signe de souffrance ou de difficultés à gérer leurs émotions. Vous n’êtes pas seul et il existe des moyens d’apaiser la situation.



La violence n’est pas un mode d’expression acceptable, mais elle traduit souvent un débordement émotionnel

Recherchez d’éventuels déclencheurs : fatigue, conflit, frustration, besoin d’attention, difficultés scolaires ou autres.

L’objectif est de restaurer votre sécurité et celle de votre enfant, puis l’aider à reconnaître et exprimer autrement ses émotions en adaptant votre discours à son âge (cf. fiche mon enfant de moins de 6 ans se met vite en colère…).

Se rappeler que l’enfant est encore en construction : il apprend peu à peu à gérer ses impulsions. Certains troubles (TDAH, trouble oppositionnel avec provocation, anxiété, trouble du spectre autistique, etc.) peuvent aussi majorer ces comportements.



  • Respirez lentement, parlez avec des phrases courtes, d’une voix plus lente et plus basse, en surveillant votre langage corporel (éviter les gestes brusques, bras croisés, doigt pointé). Un adulte apaisé aide l’enfant à se réguler.
  • Respectez l’espace personnel de l’enfant, montrez que vous n’êtes pas dans l’affrontement.
  • Si votre propre colère monte, isolez-vous quelques instants pour vous recentrer ou demander à l’autre parent de prendre le relais s’il est disponible.

La mise en sécurité est prioritaire : éloigner ses frères et sœurs, retirer les objets dangereux, sortez de la pièce si vous êtes en danger. Demander de l’aide ou appeler les numéros d’urgence (18, 17) si la violence physique se poursuit.

  • Si votre enfant est encore accessible au dialogue

Utilisez un langage simple et calme pour garder le lien. Par exemple : « Je vois que tu es très en colère. Nous ne pouvons pas continuer à discuter si tu cries. Je veux que nous soyons tous les deux en sécurité. » Vous pouvez poser des questions ouvertes ou proposer une aide concrète : « Peut-on trouver une autre solution ? Comment puis-je t’aider ? », « Est-ce que tu voudrais un câlin, un verre d’eau, un mouchoir ? ». Utiliser des messages en « je » diminue la menace perçue : « Je suis inquiet quand tu cries comme ça. »​

  • Si votre enfant n’est plus accessible (crise très intense)

Limitez l’interaction pour ne pas alimenter l’escalade. Rappelez brièvement la limite et la priorité de sécurité : « Je vois que tu es trop en colère pour parler. Pour l’instant, je vais m’éloigner / enlever ce qui peut se casser pour que tout le monde soit en sécurité. Nous reparlerons plus tard, quand ce sera plus calme. »

  • Validez l’émotion sans valider la violence : « Je comprends que tu sois très frustré, mais il n’est pas acceptable de frapper ou de casser. »
  • Aidez-le à mettre des mots et à trouver d’autres moyens d’expression (respirer, s’isoler, bouger, dessiner…).

Proposez une issue : se calmer dans un espace désigné ou revenir vers vous quand il est prêt à discuter. Donner un peu de contrôle peut faire baisser la tension.

Donnez des consignes simples, une à la fois, avec deux options maximum, immédiatement applicables : « Tu poses l’objet ou je le mets hors de portée » ; « Tu peux rester ici calmement ou aller te poser dans un endroit calme ».

Temps de retrait / time out : invitez calmement l’enfant à s’isoler dans un lieu neutre, calme et peu stimulant, sans menace ni humiliation. Il est souvent préférable d’éviter sa chambre (risque de bénéfices secondaires : accès aux jouets, aux écrans…) et de choisir un autre endroit. N’insistez pas si cela aggrave la crise : dans ce cas, privilégiez la sécurité et limitez l’interaction, tout en gardant un œil discret et en lui indiquant où vous vous trouvez.

Restez cohérent avec le modèle que vous souhaitez transmettre : attitude non violente, respectueuse, sans humiliation ni violence en retour.

Quand la crise a entraîné une blessure, des insultes ou la casse d’un objet, proposez, une fois le calme revenu, une réparation adaptée à son âge : s’excuser, aider à soigner, recoller ou remplacer un objet cassé. Il s’agit de lui apprendre que ses actes ont des conséquences et qu’il peut participer à restaurer la relation et le cadre de vie.



« Je vois que tu es très en colère et que tu as jeté le jeu par terre.” (reconnaître l’émotion)

“Je suis inquiet et je veux que nous soyons tous en sécurité, donc je vais enlever ce qui peut se casser. “ (poser des limites et mise en sécurité

« Tu peux rester ici calmement ou aller dans le coin calme pour te poser.” (offrir des choix simples et une issue) 

“Pour l’instant, je ne discuterai plus avec toi tant que tu cries, mais je suis dans le salon si tu as besoin.” (rappeler se disponibilité

“Quand tu seras plus calme, on parlera de ce qui s’est passé et de ce que tu pourras faire pour réparer.” (réorienter vers le dialogue et une solution)



Une fois le calme revenu, prenez un temps pour repérer le déroulement de la crise :

  • Ce qui s’est passé juste avant (déclencheur).
  • Comment la colère est montée.
  • Le moment où la violence a été la plus forte.
  • Ce qui a permis l’apaisement.

Cela vous aide à mieux comprendre comment réagit votre enfant, ce qui favorise son retour au calme et à repérer les signaux d’alerte (tension corporelle, provocations, haussement de voix…).

  • Qu’est-ce-qu’un plan d’action ?

Il s’agit d’un petit document écrit, simple, que vous construisez en famille et que vous gardez à portée de main (affiché, pris en photo sur le téléphone).

Il peut prendre la forme d’un tableau ou de rubriques courtes, avec des phrases claires, parfois des cases à cocher ou des dessins pour les plus jeunes.

L’idéal est de le co-construire avec l’enfant (selon son âge) pour qu’il se l’approprie et sache ce qui est prévu quand la colère monte.

  • Rubriques possibles de ce plan :

“Mes signaux d’alerte” : ce que l’enfant remarque chez lui quand la colère monte (tensions, cris, insultes, envie de frapper…). Selon son âge, vous pouvez aussi utiliser une échelle visuelle (comme un bonhomme des émotions ou une jauge de couleurs) pour l’aider à montrer où il en est et à mettre des mots avant que la colère ne déborde.

  • “Ce que chacun peut faire quand ça monte” :

Pour votre enfant : aller au coin calme, utiliser la “boîte à colères”, demander une pause, mettre de la musique, serrer un coussin…

Pour vous : parler moins, rappeler le mot-clé qui signifie « pause », s’éloigner un peu, enlever ce qui peut se casser, appeler un proche si besoin.

“Où aller pour être en sécurité” : lieux de retour au calme pour l’enfant, mais aussi endroit où le parent ou les frères et sœurs peuvent s’éloigner en cas de crise forte.

“Ce qu’on fera après la crise” : moment prévu pour reparler à froid, type de réparation possible (s’excuser, ranger, rendre un service, …).

“ Les personnes ressources” : adultes de confiance que l’on peut prévenir (famille, pro), et numéros d’urgence si la sécurité est menacée.

Quand tout le monde est apaisé, reparlez ensemble de la crise : « Qu’est-ce qui s’est passé pour toi ? Qu’est-ce qui t’a mis en colère ? ».

Cherchez avec lui ce qui pourrait être fait autrement la prochaine fois : « Comment peut-on faire si cela se reproduit pour éviter d’en arriver là ? », tout en rappelant clairement l’interdit de la violence physique et verbale et votre cadre de parent.

  • S’entraîner aux alternatives

Faites des « petits exercices » à distance des crises : jeux de rôle, scénarios « la prochaine fois, je peux… », utilisation de la boîte à colères (balle anti-stress, musique, dessin, coussin…).

Complimentez les efforts, même partiels : « Tu t’es arrêté de crier plus vite », « Tu es venu me voir au lieu de jeter quelque chose ».

Rétablissez une attention positive régulière : temps calmes partagés (jeu, lecture, dessin, discussion). Si le dialogue oral est difficile, proposez d’écrire ou de dessiner.

  • Conséquences éducatives et réparation

Après un épisode de violence, gardez une réponse éducative claire et cohérente. Par exemple une conséquence simple, annoncée à l’avance : perte temporaire d’un privilège (écran, sortie, activité plaisante), retrait d’une attention particulière pendant un temps limité, en expliquant le lien avec l’acte : « Quand tu frappes ou insultes, il y a des conséquences, car on doit tous être en sécurité à la maison. ».

Proposez une réparation adaptée à son âge : s’excuser, aider à soigner si quelqu’un a été blessé, recoller ou participer au remplacement d’un objet cassé, rendre un service à la personne visée.

Le message clé : ses actes ont des conséquences, mais il peut contribuer à restaurer la relation et le cadre de vie.

Partager ce plan d’action avec tous les adultes qui s’occupent de l’enfant pour garder des réactions alignées (cohérence parentale, entourage proche).

Si la violence persiste, s’aggrave ou fait peur, en parler à un médecin, à un professionnel de guidance parentale, à une équipe de soins ou à un service d’aide éducative à domicile. Certains programmes structurés (guidances parentales, programmes de type Triple P, Incredible Years, REACT…) peuvent vous accompagner.

Quand la violence ne se calme pas ou devient dangereuse pour l’enfant ou le parent, il est possible de demander de l’aide en urgence (numéros d’urgence, pompiers).



Être parent d’un enfant violent peut être épuisant psychiquement et physiquement. Ne restez pas seul. Parlez-en à un proche de confiance ou à un professionnel de santé.

Accordez-vous des temps de répit. Même brefs, ils sont nécessaires pour garder l’équilibre familial (consultez notre fiche prendre soin de soi).

Chaque progrès, même petit, est une étape vers plus de calme et de sécurité pour toute la famille.

Consultez nos autres fiches ici.

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Références

Contenu rédigé par l'équipe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Robert Debré (AP-HP).

Auteurs

D
DR. Trebossen Vincent
K
Kamelia Harireche
S
Silvia Marrucchelli