Mon enfant fait pipi au lit : il a une énurésie nocturne. Rassurez-vous ce n’est pas le signe d’un problème psychologique.
Votre enfant a plus de 5 ans et fait encore pipi au lit ? C’est fréquent, cela s’appelle l’énurésie nocturne. C’est une des plaintes urologiques les plus fréquentes en pédiatrie et ce n’est pas le signe d’une souffrance psychologique !
L’énurésie nocturne désigne l’émission d’urines pendant le sommeil chez les enfants âgés de plus de 5 ans (l’acquisition de la propreté nocturne est habituellement attendue avant 5 ans).
Ce n’est pas un trouble psychiatrique mais le reflet d’une immaturité fonctionnelle transitoire du système de contrôle urinaire pendant le sommeil ou d’un défaut d’apprentissage des mécanismes de continence : d’où le pipi au lit.
On en distingue deux formes :
- L’énurésie nocturne primaire (ENP) : lorsque l’enfant n’a jamais eu une période de plus de 6 mois sans épisode de pipi au lit
- L’énurésie nocturne secondaire : lorsqu’un enfant a acquis la propreté nocturne pendant au moins 6 mois et recommence à mouiller son lit
L’énurésie nocturne primaire est fréquente et varie avec l’âge : à 5 ans, au moins 15% des enfants présente une énurésie, puis seulement 3 à 5% à 10 ans reste concernés et enfin, 1 à 2% à l’adolescence et moins de 1% à la vie adulte. Dans la grande majorité des cas, l’évolution est spontanément favorable avec le temps.
L’énurésie nocturne primaire varie également avec le sexe : elle est deux fois plus fréquente chez les garçons que chez les filles.
A quoi c’est dû ?
Plusieurs mécanismes biologiques ont été identifiés et peuvent être associés :
- Polyurie nocturne : la production excessive d’urine pendant le sommeil, ce qui finit par dépasser la capacité de la vessie.
- Anomalies de la fonction vésicale nocturne : certaines études montrent une capacité vésicale fonctionnelle diminuée la nuit ou une activité inappropriée du muscle de la vessie (le détrusor) au cours du sommeil. Toutefois, la plupart des enfants ont des explorations urodynamiques strictement normales.
- Troubles de l’éveil et de la régulation du sommeil : de nombreuses études suggèrent la présence d’un seuil d’éveil élevé ou d’une réponse inappropriée pendant le sommeil aux signaux de la vessie pleine. De manière très simpliste, on pourrait dire que votre enfant a un « sommeil trop profond ». Le point central ici est que l’enfant dort, il ne choisit pas de ne pas se réveiller.
L’énurésie nocturne n’est donc pas un trouble du comportement, un signe de paresse, une souffrance psychologique ou une volonté de l’enfant.
Est-ce que l’énurésie est familiale ?
Oui ! C’est un trouble très fréquemment familial. On retrouve très souvent une histoire similaire chez l’un des deux parents, dans la fratrie ou chez les oncles/tantes du premier degré.
De récentes études scientifiques ont permis d’identifier des zones génétiques dites de vulnérabilité génétiques potentiellement associées à l’énurésie.
Est-ce que c’est un signe de souffrance psychologique ?
Non, l’énurésie nocturne primaire n’est pas causée par une anxiété, un stress ou un traumatisme.
En revanche, elle peut être associée à des troubles du neurodéveloppement, ce qui explique la confusion.
Lorsque l’énurésie nocturne primaire est présente il faut dans tous les cas rechercher :
- Un trouble neurodéveloppemental : 20 à 30% des enfants avec une énurésie primaire nocturne présente également un TDAH (et plus rarement un trouble du spectre de l’autisme)
- Un trouble du sommeil avec un sommeil fragmenté, des ronflements ou des apnées pendant le sommeil, ce qui explique une capacité d’éveil altérée
- Une constipation : 30 à 50% des enfants avec une énurésie sont constipés. Cette constipation gêne le fonctionnement de la vessie : il est indispensable de la traiter
Attention à l’impact émotionnel de l’énurésie chez votre enfant !
L’énurésie peut affecter le bien-être de votre enfant notamment avec si elle est vécue avec honte pouvant entraîner une anxiété et une baisse de l’estime de soi, d’autant plus si elle fait le sujet de moqueries ou de punitions.
Elle peut également avoir un retentissement sur la vie familiale (conflits fréquents entre les parents et l’enfant) et entraîner un évitement social (refus de dormir en dehors du domicile, de partir en colonie de vacances, etc.).
→ C’est pourquoi déculpabiliser l’enfant et les parents et éviter la stigmatisation sont des étapes clés de la prise en charge.
Quels signes doivent m’alerter pour consulter un spécialiste ?
Il est conseillé de demander un avis médical si votre enfant présente :
- Des symptômes urinaires durant la journée : douleur à la miction, fuite urinaire, besoins urgents, envies très fréquentes, sang dans les urines
- Des infections urinaires répétées
- Une maladie neurologique connue
Un examen par le médecin généraliste ou le pédiatre permet d’identifier les facteurs associés (constipation, trouble du sommeil, trouble du neurodéveloppement) et d’orienter vers un spécialiste si besoin.
Consultez notre autre fiche sur l’énurésie nocturne ici.
Consultez nos autres fiches et vidéos ici.
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Références
Contenu rédigé par l'équipe du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Robert Debré (AP-HP).