La schizophrénie débutant dans l’enfance : Quelle prise en charge et quel traitement au quotidien ?

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Dans la fiche précédente (ici), nous avons vu quels étaient les objectifs de la prise en charge de la schizophrénie à début précoce. Mais des questions plus précises sur cette prise en charge se posent souvent : Quels traitements pour mon enfant ? Les médicaments ou les thérapies non médicamenteuses ? Comment les utiliser ? Que surveiller ? Comment encourager mon enfant à participer aux soins ?
Cette fiche précise les différentes prises en charge de la schizophrénie début précoce, afin d’assurer le meilleur accompagnement de l’enfant et de sa famille.
Les traitements non médicamenteux dans la schizophrénie débutant dans l’enfance
Les prises en charge psychothérapeutiques
Différentes approches psychothérapeutiques jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des enfants et adolescents atteints de schizophrénie débutant dans l’enfance. Elles permettent de mieux comprendre la maladie, de renforcer certaines compétences et d’améliorer la qualité de vie au quotidien.
- Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : elles aident l’enfant à repérer et mieux gérer les pensées ou croyances qui peuvent être source de souffrance, à trouver des stratégies pour diminuer l’anxiété et à développer des comportements plus adaptés dans la vie de tous les jours.
- La remédiation cognitive : il s’agit d’exercices et d’activités visant à améliorer les fonctions cognitives souvent fragilisées par la maladie (mémoire, attention, organisation, planification). Cela permet à l’enfant de retrouver plus d’autonomie dans ses apprentissages scolaires et ses activités quotidiennes.
- Les thérapies de soutien : elles offrent à l’enfant un espace d’écoute et d’expression pour l’aider à mettre des mots sur ce qu’il ressent, renforcer son estime de soi et l’accompagner dans les difficultés de la vie quotidienne. Elles permettent également d’apporter un soutien psychologique à la famille, afin qu’elle comprenne mieux la maladie et trouve des ressources pour accompagner l’enfant au quotidien.
- Les groupes de psychoéducation : La psychoéducation fait partie intégrante de la prise en charge de la schizophrénie à début précoce. Elle consiste à donner à l’enfant, à l’adolescent et à sa famille des informations claires et adaptées sur la maladie, son évolution et les moyens de la gérer au quotidien. La participation régulière à ces groupes est reconnue comme un facteur protecteur contre les rechutes, en renforçant la continuité des soins et le soutien de l’entourage.
| Pour les jeunes patients | Pour les familles |
| ➤ Meilleure compréhension de leurs symptômes. ➤ Repérage des signes d’alerte d’une rechute et développement de stratégies pour y faire face. ➤ Renforcement de l’adhésion au traitement et du sentiment d’autonomie. | ➤ Meilleure compréhension de la maladie. ➤ Espace d’échanges pour poser des questions, partager ses expériences avec d’autres familles et apprendre des stratégies concrètes pour accompagner son enfant. ➤ Ajustement des attentes et réduction du sentiment d’isolement. |
Ces différentes approches sont complémentaires et sont choisies en fonction de l’âge de l’enfant, de ses besoins spécifiques et de son évolution.
Un accompagnement socio-éducatif
En plus des soins médicaux et psychothérapeutiques, l’accompagnement socio-éducatif occupe une place centrale dans la prise en charge de la schizophrénie à début précoce. L’objectif est d’aider l’enfant à rester intégré dans sa scolarité et dans la vie sociale, malgré les difficultés liées à la maladie.
- Un accompagnement scolaire individualisé : il s’agit de mettre en place des aménagements adaptés aux besoins de l’enfant (emploi du temps allégé, explications répétées, temps supplémentaire pour les évaluations, soutien personnalisé). Dans certains cas, le recours à une AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap) est nécessaire pour l’aider à suivre les consignes, à organiser son travail et à maintenir son attention.
- Le lien avec les enseignants et l’établissement scolaire : un dialogue régulier entre la famille, les professionnels de santé et l’école est essentiel pour ajuster l’accompagnement. Cela permet de mieux comprendre les besoins de l’enfant et d’éviter les situations d’incompréhension ou d’exclusion.
- Le maintien d’activités sociales et culturelles : participer à des activités extrascolaires adaptées (sport, loisirs créatifs, musique…) contribue à renforcer la confiance en soi, à préserver les liens sociaux et à améliorer la qualité de vie.
Cet accompagnement socio-éducatif doit être pensé de manière globale et coordonnée, en tenant compte des ressources de l’enfant, de ses fragilités et des soutiens disponibles autour de lui.
Une bonne hygiène de vie
Au-delà des soins médicaux et éducatifs, certaines habitudes quotidiennes jouent un rôle essentiel dans l’équilibre et le bien-être des enfants et adolescents atteints de schizophrénie à début précoce.
- Un sommeil régulier : des horaires de coucher et de lever stables favorisent la récupération, réduisent l’anxiété et limitent les risques de rechute. Les écrans doivent être écartés avant le coucher pour préserver la qualité du sommeil.
- Une alimentation équilibrée : une bonne hygiène alimentaire aide à maintenir l’énergie et contribue aussi à limiter les effets secondaires de certains traitements (prise de poids, troubles métaboliques).
- Le maintien des liens sociaux : garder des relations avec la famille, les amis ou des pairs soutenants est essentiel pour lutter contre l’isolement et favoriser l’estime de soi. Même de petits moments de partage comptent.
- Des activités adaptées : la pratique régulière d’activités physiques, créatives ou culturelles stimule les capacités cognitives et émotionnelles, favorise la détente et renforce la confiance en soi.
Ces habitudes, simples en apparence, participent activement au traitement global et permettent à l’enfant de retrouver un meilleur équilibre de vie. La prise en charge de la schizophrénie à début précoce doit être globale et adaptée à chaque enfant. Elle combine des traitements médicamenteux, des approches psychothérapeutiques, un accompagnement éducatif et social, ainsi qu’un mode de vie équilibré.
L’implication des parents et de l’entourage joue un rôle essentiel : en comprenant mieux la maladie et en mettant en place des habitudes de vie stables, ils contribuent directement au mieux-être de leur enfant.
Même si la schizophrénie est une maladie chronique, une prise en charge précoce et coordonnée permet d’améliorer nettement la qualité de vie, de soutenir le développement scolaire et social, et de limiter les rechutes.
Les traitements médicamenteux dans la schizophrénie débutant dans l’enfance
Lorsqu’un diagnostic de schizophrénie à début précoce est posé, le traitement repose avant tout sur les antipsychotiques (appelés aussi neuroleptiques), qui visent à réduire les symptômes délirants, hallucinatoires et l’anxiété associée.
Quels traitements ?
Chez l’enfant et l’adolescent, les antipsychotiques de seconde génération (comme la rispéridone, l’aripiprazole ou l’olanzapine) sont le plus souvent privilégiés, car ils sont mieux tolérés que ceux de première génération (Haloperidol). On prescrit généralement un seul médicament (monothérapie), sauf rares situations où l’association temporaire de deux molécules peut s’avérer nécessaire lors des débuts ou lorsqu’une réponse insuffisante persiste malgré un suivi sérieux.
Quand les prendre ? Combien de temps les prendre ?
Le traitement est souvent instauré rapidement après le diagnostic, surtout si les symptômes sont sévères. L’administration se fait quotidiennement, à heure fixe, pour garantir une efficacité optimale. La durée du traitement dépend du risque de rechute : il est généralement poursuivi au moins un à deux ans après la disparition des symptômes, mais peut parfois être nécessaire plus longtemps, sous étroite surveillance médicale. Toute modification du traitement doit faire l’objet d’une décision partagée avec l’enfant, sa famille et l’équipe médicale.
Quels sont les effets indésirables courants ?
Les antipsychotiques peuvent provoquer des effets secondaires, variables selon les molécules et d’un enfant à l’autre. Les plus fréquents sont :
- Fatigue, somnolence
- Perturbation sexuels et du cycle menstruel chez les adolescent.e.s
- Tremblements, raideur musculaire
- Prise de poids et “syndrome métabolique”
Ces effets doivent être recherchés régulièrement en consultation. Parfois, un changement de molécule ou un ajustement de la dose permet de réduire les gênes au quotidien.
Le « syndrome métabolique » : quel risque ? Quelle surveillance ?
Un effet indésirable important, surtout avec les médicaments de seconde génération, est le syndrome métabolique : il s’agit de l’association d’une prise de poids, d’une augmentation des graisses dans le sang (cholestérol, triglycérides), d’une élévation du sucre sanguin (glycémie), et parfois de troubles de la tension artérielle. Ce syndrome peut augmenter le risque de diabète ou d’hypertension à long terme.
Surveillance et prise en charge :
- Pesée régulière (poids, indice de masse corporelle)
- Prises de sang : glycémie, cholestérol, triglycérides au début, puis tous les 3 à 6 mois
- Conseils diététiques et incitation à l’activité physique
N’hésitez pas à en parler avec les professionnels : un dépistage et une prise en charge précoce permettent d’éviter les complications.
| Cas particulier du Leponex (clozapine) Le Leponex® (clozapine) est un antipsychotique qui possède une efficacité particulière dans certains cas de schizophrénie résistante, c’est-à-dire lorsque les symptômes persistent malgré au moins deux essais de traitements différents à posologie efficace et bien suivie. # Indications chez l’enfant et l’adolescent La prescription de clozapine peut être discutée si les autres médicaments n’ont pas permis d’amélioration suffisante des symptômes ou en cas de comportements à risque particulièrement sévères. Son efficacité sur les symptômes psychotiques et, dans certains cas, sur le risque suicidaire a été démontrée. # Précautions de prescription La clozapine nécessite des mesures de prudence particulières car elle peut entraîner des effets indésirables potentiellement graves, rares mais sérieux : Agranulocytose (chute sévère des globules blancs), qui expose à un risque d’infection grave Risques de convulsions, troubles du rythme cardiaque, constipation sévère Avant la prescription, un bilan sanguin est obligatoire (numération globulaire) puis, une surveillance régulière est instaurée # Surveillance sous Leponex Prises de sang : chaque semaine les 18 premières semaines, puis tous les mois pendant un an puis tous les 3 mois la deuxième année et ensuite au moins tous les ans durant toute la durée du traitement Surveillance clinique : Constipation, Contrôle du poids et du bilan métabolique comme pour les autres antipsychotiques La surveillance peut sembler lourde, mais elle permet de repérer au plus tôt les complications et d’ajuster le traitement si besoin. En résumé : le recours à la clozapine est réservé à certains cas spécifiques. L’équipe soignante accompagne la famille tout au long de ce parcours, explique les bénéfices attendus comme les risques, et assure le suivi régulier indispensable au bon déroulement du traitement. |
Les soins non médicamenteux et la manière d’associer l’enfant et ses proches à la prise en charge sont essentiels pour favoriser l’adhésion et l’évolution positive du traitement.
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Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).