Mon enfant autiste marche sur la pointe des pieds. Que faire ?
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La marche sur la pointe des pieds est fréquente chez certains enfants autistes et pose des difficultés à celui-ci dans son quotidien. Elle fait partie des particularités motrices souvent observées dans l’autisme (40% d’entre eux) mais aussi dans d’autres troubles neurodéveloppementaux.
Ce n’est pas un mouvement volontaire, ni d’opposition. Il faut cependant agir vite pour éviter une rétraction du tendon d’Achille et des muscles du mollet qui rendront la récupération très compliquée par la suite.
Vous êtes souvent désemparés et vous ne savez pas trop ce qui pourrait permettre d’aider. Il y a des solutions.
Pourquoi mon enfant marche-t-il sur la pointe des pieds dans l’autisme ?
1. Facteurs sensoriels
Certains enfants avec autisme ont une hypersensibilité plantaire et perçoivent le contact du sol comme désagréable. Marcher sur la pointe réduit la surface de contact du pied avec le sol.
À l’inverse, certains enfants perçoivent mal les sensations du sol (hyposensibilité). Aussi, marcher sur la pointe des pieds leur fait ressentir plus fort la pression et la tension musculaire du mollet lors de l’appui du pied au sol.
Autostimulation : La marche sur la pointe des pieds peut participer aux autostimulations que l’on voit fréquemment dans l’autisme. Elle peut participer à la régulation émotionnelle à la réduction du stress et être un comportement auto-apaisant.
2. Facteurs moteurs et posturaux
Certains enfants avec autisme ont un contrôle de l’équilibre fragile. La marche sur la pointe des pieds donne une sensation de stabilité à votre enfant (en bloquant l’articulation de la cheville).
Le schéma de la marche digitigrade (c’est à dire du talon vers le pied) n’est pas acquis : le muscle tibial antérieur (muscle qui lève le pied) est peu sollicité, et les muscles qui composent le mollet, trop sollicité. La gestion des appuis est donc plus complexe et ne permet pas de transférer le poids du corps vers l’arrière.
La planification motrice est globalement difficile à organiser et à séquencer, et la marche sur la pointe des pieds s’intègre dans ces difficultés de coordination motrice. La marche sur la pointe des pieds entraîne un mouvement plus simple et nécessitant moins d’ajustements fins.
3. Facteurs émotionnelles : difficultés de régulation des émotions
Parfois, la marche sur la pointe des pieds peut aussi apparaître lors de fortes émotions (excitation, stress). Dans tous les cas, c’est souvent une manière pour votre enfant de s’adapter à ses sensations et à son corps.
| Chez les enfants autistes, la marche sur la pointe des pieds est le plus souvent une stratégie adaptative, pas un trouble isolé. Le traitement consiste donc à proposer une alternative plus confortable et plus fonctionnelle, pas à supprimer un comportement. Une approche unique (forcer les talons, corriger en permanence) est inefficace et insuffisante +++ Il faudra développer une approche combinée pour mieux aider votre enfant. |
Est-ce que marcher sur la pointe des pieds peut poser problème ?
La marche sur la pointe entraîne plus de fatigue à l’effort de marche, voire des douleurs dans la marche rapide ou longue, et aussi plus de déséquilibre.
Cela peut aboutir à compliquer la participation et l’autonomie dans la vie quotidienne, par exemple certains jeux moteurs, la montée/descente d’escaliers, les activités sportives, la marche prolongée, le port de certaines chaussures.
On rééduque la marche sur la pointe non pas pour « normaliser » l’enfant, mais pour préserver son confort, sa liberté de mouvement et ses possibilités futures.
Exemple d’exercices à faire à la maison
⚠️ Si l’enfant peut poser les talons et n’a pas de rétraction importante – Travail à la maison en plus de la kinésithérapie ou psychomotricité – dans un contexte calme ou ludique.
Plusieurs exercices sont à privilégier d’une durée totale de 5 minutes, à faire 1 à 2 fois par jour – avec pour objectif d’aider le pied à descendre, sans forcer, par le jeu. Les exercices se font pieds nus si possible ou en chaussette. Il est important de bien prendre en compte la dimension sensorielle de l’autisme.
| Exercice | Ce que fait le parent | Ce que ça travaille | Durée |
| Mobiliser les chevilles | L’enfant est assis ou allongé. Le parent tient le pied doucement. Il remonte le pied vers le tibia, puis relâche | Souplesse de la cheville et Prévention du mollet “trop court” | 2 min 10 mouvements par pied Lentement, sans forcer. PAS de maintien prolongé |
| S’accroupir↔ debout | Il s’accroupit pour ramasser un jouet (pied bien plat sur le sol avec talon collé au sol). Puis se redresse. Montrez lui comment faire et lui doit vous imiter | Étirement naturel du mollet, talons automatiquement au sol et coordination motrice | 2 min 5 à 10 fois Pas besoin de rester accroupi longtemps |
| Marcher comme un robot | Marche lentement, en marchant avec le talon qui touche le sol, pointe du pied qui ne touche pas le sol, sur 2 à 3 mètres puis un peu plus | Muscles releveurs du pied Schéma de marche talon-plante | 2 min 2 à 3 passages |
| Pousser le mur | Les deux mains au mur Un pied devant, un pied derrière Très important : talon arrière au sol ++ | Étirement des muscles du mollet ==> Aider le talon à redescendre (bien fléchir les genoux pour mobiliser la cheville) | 2 min 10 secondes 3 fois par pied |
| Garder son équilibre et renforcer ses appuis | Équilibre et appuis Station debout sur tapis mousse – et on fait des petites perturbations douces sur le tapis afin que votre enfant puisse récupérer d’équilibre | Activation tibial antérieur et ajustement postural distal | 5 min |
| Monter et descendre une petite marche (2 ou 3 petites marches idéalement, sinon marche type marche élévatrice pour atteindre le lavabo) | Tâche concrète et finalisée (“monter / descendre”) et facile à comprendre et à accepter | Activation tibial antérieur et amélioration de la dorsiflexion A la descente : Oblige à poser le talon pour freiner la descente Augmente le temps d’appui talonné | 2-3 min 10 à 20 répétitions |
| Créer un parcours sensoriel ludique | Plusieurs étapes du parcours sensoriel sont à envisager : Étape 1 : Pressions profondes et fermes sur cuisses, mollets (sans toucher la plante) avec ballon, coussin ou mains Étape 2 : Stimulation directe du pied avec une balle à picots Étape 3 : Vibrations douces localisées: Petit vibreur doux sur talon, bord externe du pied. Mais jamais sous l’avant-pied en premier | Anomalies de l’intégration sensorielle hypo ou hypersensibilité de la plante des pieds. Étape 1 : Diminuer l’hypervigilance avant toute stimulation plantaire. Étapes 2 et 3 : Favoriser l’intégration sensorielle et créer un « repère sensoriel » stable. | 2-3 min par étape 4 ou 5 répétitions |
Si l’enfant ne peut poser les talons et semble avoir une rétraction tendineuse / pour les plus grands enfants
Un avis spécialisé avec un orthopédiste ou médecin de médecine physique et réadaptation (MPR) pédiatrique est nécessaire pour savoir si le traitement avec un kinésithérapeute est encore possible. Il sera discuté des orthèses avec un programme plus “orthopédique” : attelles/orthèses de cheville-pied (AFO) ou attelles de nuit pour maintenir la dorsiflexion et consolider le travail de rééducation.
Indication discutée lorsque :
- la marche digitigrade est majoritaire (> 80 % du temps)
- le palier kiné + routines + adaptations sensorielles a été mené correctement pendant plusieurs mois mais la marche sur la pointe des pieds persiste avec retentissement sur l’équilibre de la marche
Indication plus formelle lorsque :
- difficulté à poser le talon même sur demande
- relever le pied est limité lorsque enfant a le genou tendu en position coucher
- relever le pied est limité lorsque enfant à le genou fléchi en position debout
⚠️ Attention, une orthèse AFO mal indiquée va entraîner une majoration de l’opposition de votre enfant, une augmentation de son stress, et évidemment refusera de la porter. Il faut être patient avec votre enfant et privilégier le port de nuit pour éviter une opposition franche. Ensuite, il pourra accepter de la porter la journée sur des objectifs ciblés (activité extérieur ou temps scolaire par exemple). Le port en continu augmente la probabilité d’un refus progressif ++ (en particulier des contraintes sensorielles).
Quel type de chaussures privilégier pour éviter la marche sur la pointe des pieds ?
Il est important de privilégier des chaussures qui soutiennent la cheville, avec une base stable pour encourager le déroulé talon-orteils. Il faut donc des chaussures avec :
- Semelle ferme, pas trop molle : favorise un appui plus stable et réduit la facilité de rester en pointe.
- Maintien du talon (contrefort solide) : aide à centrer la cheville et guide vers une position plus neutre du pied.
- Pas de talon surélevé : les talons élevés encouragent déjà une position du pied proche de la pointe et peuvent renforcer la marche sur la pointe des pieds
- Bonne adhérence : limite les glissements et permet au pied de “s’accrocher” au sol plutôt que de rester sur la pointe.
- Large au niveau des orteils : permet au pied de s’installer confortablement et diminue les contraintes sur l’avant-pied.
Cela revient dans la majorité des cas à privilégier des chaussures dites “montantes” mais pas trop rigide, juste suffisante pour maintenir le talon et favoriser l’appui.
Des ressources supplémentaires
- Site d’un psychomotricien en libéral : le contenu et les illustrations sont très bien
- de Angeli LRA, Serafim BLC, Masquijo JJ. The Autistic Toe Walking: A Narrative Review for Interventions and Comparison with Idiopathic Toe Walking. Children (Basel). 2025 Sep 8;12(9):1198. doi: 10.3390/children12091198. PMID: 41007062; PMCID: PMC12468364.
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Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).