Aller au contenu principal

Mon enfant autiste marche sur la pointe des pieds. Que faire ?

Rédigé par l’équipe de l’Institut du Cerveau de l’Enfant
8 min de lecture
Mon enfant autiste marche sur la pointe des pieds. Que faire ?

La marche sur la pointe des pieds est fréquente chez certains enfants autistes et pose des difficultés à celui-ci dans son quotidien. Elle fait partie des particularités motrices souvent observées dans l’autisme (40% d’entre eux) mais aussi dans d’autres troubles neurodéveloppementaux.

Ce n’est pas un mouvement volontaire, ni d’opposition. Il faut cependant agir vite pour éviter une rétraction du tendon d’Achille et des muscles du mollet qui rendront la récupération très compliquée par la suite.

Vous êtes souvent désemparés et vous ne savez pas trop ce qui pourrait permettre d’aider. Il y a des solutions.



Certains enfants avec autisme ont une hypersensibilité plantaire et perçoivent le contact du sol comme désagréable. Marcher sur la pointe réduit la surface de contact du pied avec le sol.

À l’inverse, certains enfants perçoivent mal les sensations du sol (hyposensibilité). Aussi, marcher sur la pointe des pieds leur fait ressentir plus fort la pression et la tension musculaire du mollet lors de l’appui du pied au sol.

Autostimulation : La marche sur la pointe des pieds peut participer aux autostimulations que l’on voit fréquemment dans l’autisme. Elle peut participer à la régulation émotionnelle à la réduction du stress et être un comportement auto-apaisant. 

Certains enfants avec autisme ont un contrôle de l’équilibre fragile. La marche sur la pointe des pieds donne une sensation de stabilité à votre enfant (en bloquant l’articulation de la cheville).

Le schéma de la marche digitigrade (c’est à dire du talon vers le pied) n’est pas acquis : le muscle tibial antérieur (muscle qui lève le pied) est peu sollicité, et les muscles qui composent le mollet, trop sollicité. La gestion des appuis est donc plus complexe et ne permet pas de transférer le poids du corps vers l’arrière.

La planification motrice est globalement difficile à organiser et à séquencer, et la marche sur la pointe des pieds s’intègre dans ces difficultés de coordination motrice. La marche sur la pointe des pieds entraîne un mouvement plus simple et nécessitant moins d’ajustements fins.

Parfois, la marche sur la pointe des pieds peut aussi apparaître lors de fortes émotions (excitation, stress). Dans tous les cas, c’est souvent une manière pour votre enfant de s’adapter à ses sensations et à son corps.

Chez les enfants autistes, la marche sur la pointe des pieds est le plus souvent une stratégie adaptative, pas un trouble isolé. Le traitement consiste donc à proposer une alternative plus confortable et plus fonctionnelle, pas à supprimer un comportement. Une approche unique (forcer les talons, corriger en permanence) est inefficace et insuffisante +++ Il faudra développer une approche combinée pour mieux aider votre enfant.


La marche sur la pointe entraîne plus de fatigue à l’effort de marche, voire des douleurs dans la marche rapide ou longue, et aussi plus de déséquilibre.

Cela peut aboutir à compliquer la participation et l’autonomie dans la vie quotidienne, par exemple certains jeux moteurs, la montée/descente d’escaliers, les activités sportives, la marche prolongée, le port de certaines chaussures.

On rééduque la marche sur la pointe non pas pour « normaliser » l’enfant, mais pour préserver son confort, sa liberté de mouvement et ses possibilités futures.



⚠️ Si l’enfant peut poser les talons et n’a pas de rétraction importante – Travail à la maison en plus de la kinésithérapie ou psychomotricité – dans un contexte calme ou ludique.

Plusieurs exercices sont à privilégier d’une durée totale de 5 minutes, à faire 1 à 2 fois par jour – avec pour objectif d’aider le pied à descendre, sans forcer, par le jeu. Les exercices se font pieds nus si possible ou en chaussette. Il est important de bien prendre en compte la dimension sensorielle de l’autisme.




Un avis spécialisé avec un orthopédiste ou médecin de médecine physique et réadaptation (MPR) pédiatrique est nécessaire pour savoir si le traitement avec un kinésithérapeute est encore possible. Il sera discuté des orthèses avec un programme plus “orthopédique” : attelles/orthèses de cheville-pied (AFO) ou attelles de nuit pour maintenir la dorsiflexion et consolider le travail de rééducation. 

Indication discutée lorsque :

  • la marche digitigrade est majoritaire (> 80 % du temps)
  • le palier kiné + routines + adaptations sensorielles a été mené correctement pendant plusieurs mois mais la marche sur la pointe des pieds persiste avec retentissement sur l’équilibre de la marche

Indication plus formelle lorsque :

  • difficulté à poser le talon même sur demande 
  • relever le pied est limité lorsque enfant a le genou tendu en position coucher
  • relever le pied est limité lorsque enfant à le genou fléchi en position debout


⚠️ Attention, une orthèse AFO mal indiquée va entraîner une majoration de l’opposition de votre enfant, une augmentation de son stress, et évidemment refusera de la porter. Il faut être patient avec votre enfant et privilégier le port de nuit pour éviter une opposition franche. Ensuite, il pourra accepter de la porter la journée sur des objectifs ciblés (activité extérieur ou temps scolaire par exemple). Le port en continu augmente la probabilité d’un refus progressif ++ (en particulier des contraintes sensorielles).



Il est important de privilégier des chaussures qui soutiennent la cheville, avec une base stable pour encourager le déroulé talon-orteils. Il faut donc des chaussures avec :

  • Semelle ferme, pas trop molle : favorise un appui plus stable et réduit la facilité de rester en pointe. 
  • Maintien du talon (contrefort solide) : aide à centrer la cheville et guide vers une position plus neutre du pied. 
  • Pas de talon surélevé : les talons élevés encouragent déjà une position du pied proche de la pointe et peuvent renforcer la marche sur la pointe des pieds 
  • Bonne adhérence : limite les glissements et permet au pied de “s’accrocher” au sol plutôt que de rester sur la pointe. 
  • Large au niveau des orteils : permet au pied de s’installer confortablement et diminue les contraintes sur l’avant-pied. 

Cela revient dans la majorité des cas à privilégier des chaussures dites “montantes” mais pas trop rigide, juste suffisante pour maintenir le talon et favoriser l’appui. 

  • de Angeli LRA, Serafim BLC, Masquijo JJ. The Autistic Toe Walking: A Narrative Review for Interventions and Comparison with Idiopathic Toe Walking. Children (Basel). 2025 Sep 8;12(9):1198. doi: 10.3390/children12091198. PMID: 41007062; PMCID: PMC12468364.

Consultez nos autres fiches et vidéos ici

Partager la fiche

Références

Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).