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Comment gérer la perte d’appétit de mon enfant en lien avec son traitement du TDAH ?

Rédigé par l’équipe de l’Institut du Cerveau de l’Enfant
7 min de lecture
Comment gérer la perte d’appétit de mon enfant en lien avec son traitement du TDAH ?


Les psychostimulants sont les traitements du TDAH les plus prescrits, notamment le Méthylphénidate. Ils agissent sur la dopamine et la noradrénaline, ce qui peut « éteindre » temporairement les signaux de faim envoyés par le cerveau. La perte d’appétit est un des effets les plus fréquents des traitements psychostimulants du TDAH.

Début d’action : 30 à 60 min après la prise du traitement. L’effet coupe-faim peut apparaître à partir de là.

Fin d’action : L’appétit revient quand le traitement ne fait plus effet, souvent de façon brutale en fin d’après-midi ou en soirée pour les traitements à libération prolongée ou modifiée, et 4 à 5h après la prise des traitements à libération immédiate.

L’appétit n’est pas une question de volonté. Ne voyez pas le refus de manger de votre enfant comme une opposition, mais comme un symptôme physique. L’essentiel est d’adapter les prises alimentaires pour que l’enfant continue à grandir et à prendre du poids de façon régulière, en restant dans sa trajectoire de croissance.



Petit-déjeuner « essentiel » : Il doit être pris avant ou juste au moment de la prise du médicament, avant que ce dernier n’impacte l’appétit. Sous traitement, l’appétit est souvent diminué le midi, ce qui rend le petit-déjeuner particulièrement important. Il permet d’apporter une part essentielle de l’énergie nécessaire à la journée. Vous pouvez, si nécessaire, ajuster les quantités ou enrichir légèrement ce repas, en privilégiant des aliments qu’il apprécie. L’objectif est de maintenir un petit-déjeuner équilibré, adapté aux habitudes de votre enfant et capable de couvrir ses besoins pour la journée. 

Déjeuner « libre » : Ne forcez pas votre enfant à manger un repas complet. L’objectif est qu’il mange ce qu’il peut. Proposez de préférence des aliments qu’il aime, faciles à manger et qui lui font envie, même en petites quantités. Le plus important est qu’il mange quelque chose le midi, afin d’éviter fatigue et baisse d’énergie dans l’après-midi.

Le goûter peut être l’occasion stratégique d’un « rattrapage calorique ». L’appétit réapparaît souvent en fin d’après-midi. Le goûter est donc un moment clé pour compléter les apports de la journée, surtout si votre enfant a peu mangé le midi. Là aussi, proposez des aliments appréciés par votre enfant (par exemple : tartine, fruit, yaourt, biscuits, compote, lait, céréales ou fromage), qu’il peut associer selon sa faim et ses envies. L’objectif est de favoriser des apports suffisants et variés, sans contrainte en respectant son appétit.

Repas du soir « important » : Le dîner constitue un moment important pour remplir les apports énergétiques de la journée d’un enfant sous méthylphénidate si la prise alimentaire de la journée n’a pas été suffisante. Proposez un repas équilibré, en respectant les habitudes et les préférences de votre enfant. Il peut manger selon sa faim, sans pression particulière. 

Collation du soir « si besoin » : Si l’appétit revient après le dîner, il est possible de proposer une collation. L’objectif est de permettre à votre enfant de compléter ses apports, en respectant sa faim. Dans ce cas, privilégiez les aliments qui favorisent le sommeil (laitages, sésame, graines de courges, eaux riches en magnésium…).

NB : si votre enfant a des fringales en fin de journée quand son appétit revient, ce n’est ni un caprice ni un trouble du comportement alimentaire. C’est le corps réclame l’énergie qu’il n’a pas reçue pendant la journée du fait de l’effet « coupe- faim » du traitement pendant sa durée d’action. Mais ces fringales peuvent parfois être source de conflit entre l’enfant et ses parents. Si tel est le cas, vous pouvez vous reporter à cette autre fiche pratique.



Lorsque l’appétit est diminué, et que votre enfant mange en petite quantité sur les différents repas, il est possible d’enrichir l’alimentation afin d’apporter davantage d’énergie, sans augmenter les quantités. Cela permet de soutenir les apports nécessaires à la croissance, tout en respectant l’appétit de votre enfant.

Cet enrichissement peut se faire simplement, en ajoutant des aliments du quotidien à ce qu’il mange déjà, par exemple :

  • Aouter un peu de beurre, d’huile, de crème ou de fromage dans les plats ;
  • Proposer du lait entier, des yaourts, des crèmes dessert ou des smoothies ;
  • Enrichir les compotes, yaourts ou céréales avec des aliments appréciés comme des fruits secs entiers ou en poudre, des oléagineux à grignoter ou en pâte à tartiner, du chocolat…;

Ces adaptations permettent d’augmenter les apports nutritionnels sans augmenter le volume des repas, et sans modifier les habitudes alimentaires de votre enfant. Pensez à varier les propositions, selon ses envies.

NB : Il est préférable de boire en fin de repas pour vous permettre d’évaluer la satiété de votre enfant avec plus de justesse.



Privilégier un climat serein : Le stress coupe encore plus l’appétit. Il est important d’éviter les tensions ou les remarques sur les quantités mangées. Si un repas est difficile, il est préférable de ne pas trop insister, et de proposer plus tard une collation, à distance du repas, lorsque l’appétit revient. L’objectif est de soutenir ses apports sur la journée, sans créer de pression.

Manger à heures régulières aide à stimuler la faim.



Encourager une hydratation régulière : Le traitement peut parfois donner une sensation de bouche sèche. Proposez à votre enfant de boire régulièrement au cours de la journée. L’utilisation d’une gourde qu’il a choisie et qu’il apprécie peut l’aider à penser à boire plus facilement. N’hésitez pas à varier le contenu de la gourde pour donner envie (eau, jus, sirop…).



Le poids et la croissance de votre enfant sont surveillés régulièrement par le médecin tout au long du traitement. Cette surveillance permet de s’assurer que sa croissance se poursuit de façon adaptée. Si  le poids de votre enfant stagne ou baisse malgré les stratégies décrites ci-dessus, certaines adaptations du traitement peuvent être envisagées par le médecin, afin de préserver l’efficacité du traitement tout en limitant son impact sur l’appétit.

Selon la situation de votre enfant, le médecin pourra par exemple proposer :

  • D’ajuster la dose du traitement : L’effet sur l’appétit dépend souvent de la dose. Une adaptation peut permettre de trouver le bon équilibre entre les bénéfices du traitement et la tolérance.
  •  De fragmenter la prise de méthylphénidate avec des formes de traitement à durée d’action courte réparties sur la journée afin de mieux préserver l’appétit lors du repas du midi. 

Par exemple :  avec un traitement qui dure 4h, votre enfant prend un traitement à 8h,  l’effet se dissipe vers 12h pour le déjeuner, il aura donc meilleur appétit à ce moment-là. Il pourra reprendre un traitement vers 12h-12h30 par exemple, puis vers 16h si besoin, ce qui évitera la perte d’appétit le soir.

  • De prévoir des périodes sans traitement : faire des pauses de traitement les weekends ou pendant les vacances afin de privilégier des apports alimentaires plus importants pendant ces périodes. 
  • D’envisager d’autres options thérapeutiques : dans certaines situations, il existe également des alternatives aux traitements psychostimulants. Ce sont les traitements non-psychostimulants qui ont d’autres mécanismes d’action. Ce sont des traitements de seconde ou troisième intention qui ne sont pas adaptés à tous les profils de patients. 

L’objectif est de trouver, avec le médecin, le traitement le mieux adapté à votre enfant, en tenant compte à la fois de son efficacité et de sa tolérance.



Dans certaines situations, lorsque les apports alimentaires restent insuffisants malgré les stratégies et les adaptations proposées, le médecin peut prescrire des compléments nutritionnels. Ces produits permettent d’apporter plus d’énergie dans un plus petit volume, afin de soutenir la prise de poids et la croissance de l’enfant, tout en  permettant la poursuite du traitement psychostimulant à une dose efficace et adaptée à ses besoins.

Il peut s’agir par exemple de boissons nutritionnelles complètes, de préparations enrichies ou de poudres à ajouter dans l’alimentation (comme la maltodextrine), qui peuvent être intégrées dans les boissons ou les aliments du quotidien.

Ces compléments ne remplacent pas les repas, mais viennent en soutien lorsque les apports alimentaires sont insuffisants, et pour complémenter les apports en vitamines et minéraux. 

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Références

Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).

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