Mon enfant parle à la maison… mais pas à l’extérieur : est-ce du mutisme sélectif ?

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Imprimé depuis clepsy.fr — Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP)
À la maison, votre enfant est bavard, il raconte ses histoires, pose des questions et ne s’arrête jamais de parler. Mais dès qu’il se retrouve à l’école, devant ses enseignants, avec ses camarades ou face à des inconnus, il reste muet. Vous vous demandez pourquoi il n’arrive pas à parler en public, si c’est de la timidité, de la provocation, un simple caprice ou s’il présente un trouble.
Dans certains cas, votre enfant peut ne pas manifester un refus volontaire de s’exprimer, mais présenter un trouble anxieux bien particulier, on parle alors de mutisme sélectif.
Quels signes doivent vous alerter pour un mutisme sélectif ?
Votre enfant ne parle que dans certains contextes ?
Les enfants atteints de mutisme sélectif parlent normalement dans certains contextes, mais restent complètement silencieux dans d’autres. Beaucoup de parents décrivent leur enfant comme bavard et expressif à la maison, avec ses parents ou ses frères et sœurs. En revanche, à l’école, dans la cour de récréation ou dans des situations sociales simples (comme commander une glace), l’enfant reste muet.
Souvent, ces enfants parlent uniquement à leur cercle très proche, mais pas à des connaissances, à la famille éloignée ou aux pairs. À la maison, ils peuvent par exemple ne pas répondre au téléphone. Dans les lieux publics, certains évitent même de s’adresser à leurs propres parents à voix haute.
Le mutisme de votre enfant l’handicape à l’école ?
À l’école, le mutisme sélectif peut être particulièrement handicapant : l’enfant ne demande pas la permission d’aller aux toilettes, ne pose pas de questions s’il n’a pas compris, et reste silencieux même en cas de besoin. Cela entraîne des difficultés dans les apprentissages, mais aussi un risque d’isolement social, car l’enfant n’ose pas participer aux activités collectives, aux jeux de groupe ou aux invitations entre camarades.
Il n’est pas rare qu’un enfant atteigne la fin de l’année scolaire sans avoir adressé une seule parole à ses enseignants ou à ses camarades. Ces enfants sont généralement perçus comme calmes, timides et polis en classe, si bien que leur silence passe inaperçu ou est considéré comme une simple réserve. Pourtant, ce silence empêche les enseignants d’évaluer correctement leurs compétences orales, notamment en lecture.
Votre enfant semble adopter des comportements d’opposition ?
Le mutisme sélectif est presque toujours lié à une forte anxiété sociale. D’autres traits sont fréquemment associés : une timidité extrême, une tendance à l’isolement, et parfois des comportements d’opposition (refus, colère). Ces réactions peuvent donner l’impression que l’enfant choisit volontairement de ne pas parler. En réalité, il voudrait parler mais n’y arrive pas, car l’anxiété l’en empêche.
Ces troubles durent depuis plus d’un mois ?
Pour parler de mutisme sélectif, les difficultés doivent durer au moins un mois. Il est important de préciser que ce diagnostic ne s’applique pas aux silences transitoires du début de scolarisation, fréquents chez certains enfants qui ont besoin de temps pour s’adapter.
Votre enfant semble n’avoir aucun trouble du langage lorsqu’il parle à la maison ?
Le mutisme sélectif n’est pas lié à un problème de langage ou à une mauvaise maîtrise de la langue (comme cela peut être le cas chez des enfants bilingues ou présentant un retard de langage). Enfin, même si certains troubles peuvent parfois être associés (comme l’autisme ou d’autres pathologies psychiatriques), le mutisme sélectif est un trouble à part entière.
Votre enfant est scolarisé en primaire ?
Le mutisme sélectif est considéré comme un trouble rare, on l’estime à 1% chez les enfants de 3 à 5 ans. Il apparaît le plus souvent avant l’âge de 5 ans, mais il peut passer inaperçu tant que l’enfant n’est pas confronté à des situations sociales plus exigeantes. C’est généralement à l’entrée à l’école primaire, quand on attend de lui qu’il participe davantage en classe (lecture à voix haute, récitations, réponses orales), que les difficultés deviennent plus visibles.
Vous avez vous-même manifesté un mutisme pendant votre enfance ?
Un parent ne « transmet » pas directement le mutisme à son enfant, mais il existe une prédisposition familiale qui peut augmenter le risque. En effet, on sait que le mutisme sélectif survient plus souvent chez les enfants dont la famille présente déjà certaines vulnérabilités comme des des antécédents de troubles anxieux chez les parents (par exemple une phobie sociale, ou un mutisme sélectif lorsqu’ils étaient enfants) et de troubles du neurodéveloppement comme les troubles du spectre de l’autisme dans la famille proche.
Vous n’avez pas repéré d’événement déclenchant le mutisme de votre enfant ?
Il est tout à fait normal que vous ne retrouviez aucun événement déclencheur : dans le mutisme sélectif, il n’y en a généralement pas. Contrairement à une idée reçue, ce trouble n’est pas causé par un traumatisme ou par un vécu particulièrement difficile.
Le mutisme sélectif est en réalité une forme d’anxiété sociale intense, qui empêche l’enfant de parler dans certaines situations, même s’il en a envie. Cela ne veut pas dire qu’il a vécu un drame, ni que vous avez fait une erreur en tant que parent : c’est l’expression d’une anxiété spécifique, propre à certains enfants.
| Au total, quels sont les signes qui peuvent évoquer un mutisme sélectif ? Un enfant présentant un mutisme sélectif peut : – Parler librement à la maison, mais devenir complètement silencieux à l’école ou en présence d’inconnus – Être incapable de parler, même à ses propres parents, lorsqu’il y a d’autres personnes autour – Avoir beaucoup de mal à s’exprimer avec ses camarades à l’école – Paraître « figé » ou comme « paralysé » dans certaines situations sociales – Parfois utiliser des moyens de communication non verbaux (gestes, mimiques, hochements de tête), mais de façon limitée et souvent avec gêne. |
Comment différencier un mutisme d’une simple timidité ?
La timidité est un trait de caractère courant et, en général, elle ne perturbe pas durablement la vie quotidienne de l’enfant.
Le mutisme sélectif, lui, entraîne des conséquences négatives visibles : il interfère avec la scolarité (par exemple impossibilité de participer en classe) et avec les relations sociales (difficulté à se faire des amis, à communiquer avec les autres). C’est cette gêne importante qui permet de distinguer le trouble d’une simple réserve.
Les enfants atteints de mutisme sélectif peuvent rester totalement silencieux avec certains membres de la famille élargie. Cette situation peut être difficile à comprendre et parfois mal interprétée comme de l’entêtement, de l’opposition ou même une provocation.
Il est donc essentiel d’expliquer aux proches ce qu’est réellement le mutisme sélectif, afin qu’ils comprennent qu’il s’agit d’un trouble anxieux et non d’un refus volontaire de parler.
En conclusion :
Le mutisme sélectif est un trouble anxieux qui peut inquiéter et parfois désorienter les parents. Il ne s’agit ni d’un caprice, ni d’un choix volontaire de l’enfant, et encore moins de la conséquence d’un traumatisme. Ce trouble perturbe la vie scolaire et sociale, mais il peut être repéré précocement et pris en charge efficacement.
Si vous reconnaissez certains signes chez votre enfant, n’hésitez pas à consulter un professionnel : mieux comprendre ce qui se joue est la première étape pour l’aider.
Dans la prochaine fiche, nous verrons comment se déroule l’évaluation et quelles sont les prises en charge possibles, avec des stratégies concrètes pour soutenir votre enfant au quotidien (ici).
Vous pouvez consulter l’autre fiche sur le mutisme ici et les autres fiches et vidéos Clépsy ici.
Ressources
Références
Contenu rédigé par l'équipe de l'Institut du Cerveau de l'Enfant (AP-HP).

